Welverin

Nombre de messages: 23 Date d'inscription: 17/02/2009
 | Sujet: Un guetteur dans l'ombre Lun 23 Fév - 14:58 | |
| Pour les esclaves issus du monde de la surface, être captif dans la caverne de Menzoberranzan signifiait être plongé dans un lieu de ténèbres perpétuelles où seules quelques lueurs diffuses, moins brillantes que la plus lointaine des étoiles du ciel de Faerun, agaçaient plus qu’elles ne stimulaient la vision. Pour le jeune drow qui, nonchalamment accoudé sur une balustrade de pierre volcanique noire sculptée pour ressembler à de dégoulinantes gargouilles, contemplait pour la première fois la cité de la Reine-Araignée, celle-ci étalait une féerie de lumières multicolores qui s’entremêlaient dans un dessin complexe, à l’image de la gigantesque Toile qui, disait-on, piégeait toute créature dans la Fosse de Llolth. Les pourpres et les bleus drapaient de cyane les tours qui s’élevaient telles des crocs pour déchirer l’obscur plafond de la caverne ; des lueurs rouges pavaient de sang les allées étroites ; des reflets verts rampaient sur les murs comme d’improbables fungi partant à l’assaut des murailles… Au dessus de toute cette féerie lumineuse, dominant la caverne comme un astre improbable de l’Outreterre, la lueur spectrale qui s’écoulait de Narbondel, prodige magique élevé par la gloire et la sorcellerie des Drows, projetait de blafardes et spectrales réflexions dans les recoins les plus lointains de l’immense caverne qui abritait, telle une araignée tapie, Menzoberranzan…
Welverin ajusta d’une main fine, à la teinte d’obsidienne, la capuche de son ample cape noire qui drapait d’ombre sa silhouette, dissimulant aux regards son visage balafré. Ses yeux en amande, à la teinte lactescente, semblaient perdus dans une insouciante rêverie ; son regard cependant allait de ci de là, scrutant chaque mouvement. Aux yeux de quelqu’un qui aurait croisé sa route en cet instant précis, il avait l’air d’un de ces drows sans maisonnée ni protecteur ; cette impression était due à l’absence d’insigne visible dans sa sombre tenue, à ses vêtements de cuir noir, ses bottes conçues pour de longs et pénibles voyages en Outreterre, son sac à dos à l’aspect usé négligemment jeté à ses pieds. Sa main gauche reposait sur le pommeau de son épée courbe qui pendait à sa large ceinture de cuir, arme à courte lame, idéale pour les coups échangés dans l’obscurité et l’encombrement des tunnels du ténébreux domaine dans lequel il était né. Un deuxième cimeterre battait son flanc droit. Son apparence était celle d’un mercenaire quelconque, peut-être un des infortunés survivants de Ched-Nasad, ou quelque autre lointaine colonie.
Un rictus étira ses lèvres, à l’évocation d’une pensée soudaine, un souvenir. C’était un sourire moqueur et cruel, ironique. Quelques cycles plus tôt il se trouvait dans le grand bazar de Menzoberranzan, qui comme tout le reste de la cité avait connu des jours meilleurs. Son regard avait été attiré par le travail habile d’un nain de la surface enchaîné, un esclave, dont les yeux avaient été arrachés, comme en témoignaient de brutales cicatrices. Le nain au visage tourmenté par le labeur s’afférait dans la confection d’un bijou, un splendide diadème fait dans une résille d’argent et de platine, sans doute destiné à orner le front d’une prêtresse ou d’une Mère Matrone. C’était un travail de maître artisan, et l’esclave de ce fait avait une grande valeur. La pensée qui faisait sourire le drow était une pensée de cruelle autodérision, car il songeait à l’ironie qui voulait qu’en cet instant son existence vaille moins cher que celle d’un misérable esclave sous-humanoïde… Si les esclaves compétents étaient rarissimes, et donc hors de prix, les mâles comme lui n’étaient que trop nombreux aux yeux des femelles qui dirigeaient cette impitoyable société. Un gueux sans maisonnée, voilà ce qu’il était. Un gueux dont l’esprit était obsédé par des sentiments de vengeance, qui l’avaient conduits jusqu’à Menzoberranzan. Il n’avait qu’un nom pour trouver celui qu’il recherchait.
Depuis presque un cycle il était là, contemplant l’enseigne en bois à l’effigie d’une araignée bouffie, éclairée par des lueurs magiques… « Le Ventre de l’Araignée »… Il était venu ici guidé par la rumeur, qui faisait de cet établissement un bon endroit pour chercher des informations, des services un peu spéciaux, ou tout simplement se faire embaucher lorsqu’on était un mercenaire.
Welverin, lui, n’avait qu’une idée en tête : retrouver Solaufein. Et cet endroit en valait un autre pour commencer sa quête dans la cité drow. Il avait guetté les allées et venues, et repoussait le moment d’entrer. La solitude était sa compagne, et affronter la « compagnie » de ses congénères représentait pour lui une réelle épreuve. |
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Welverin

Nombre de messages: 23 Date d'inscription: 17/02/2009
 | Sujet: Re: Un guetteur dans l'ombre Jeu 26 Fév - 1:02 | |
| Le drow se mit en mouvement ; ses gestes étaient fluides, presque languides, comme si il se sentait en parfaite sécurité. Ce qui était loin d'être le cas. Comme beaucoup de ses congénères, Welverin vivait dans une constante paranoia, la peur incessante de sentir trop tard une lame se glisser entre ses côtes. D’un geste faussement négligent, il ramassa son sac à dos et le jeta sur son épaule, puis s’avança avec de souples foulées vers la taverne du « Ventre de l’Araignée »… Il ne désirait point s’attarder plus que de raison en cet endroit. Il avait ressassé ces derniers temps les différentes options qui s’offraient à lui, tout en sachant très bien qu’aucune ne pouvait réellement le satisfaire. Etranger à Menzoberranzan, ses chances de retrouver celui qu’il recherchait pour assouvir sa vengeance étaient quasi nulles. Mais, avant toute chose, il devait tâter le pouls de cette cité… Et d’après les rumeurs qui couraient sur cette taverne, rumeurs dont il avait eu vent en écoutant, dissimulé dans l’ombre, la conversation de deux marchands du bazar, cet endroit était tout à fait ce qu’il recherchait.
(direction : taverne du Ventre de l’Araignée) |
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