Désarçonné par les propos qu’il venait de lui tenir, son adversaire pâli –autant que son teint le permettait - , s’embrouilla, bafouilla pour finir par se rendre à l’évidence.
A l’évidence qu’il avait perdu puisque le coup que Kurenn venait de placer sur le plateau mettait à mort ses positions, ses stratégies, sa matronne.
Bref il venait de se faire mettre plus bas que terre par un adversaire non pas trop bon pour lui mais plutôt trop sournois.
Le second fils de la maison Hunzrin jubilait. Littéralement. Intérieurement car c’était bon pour les nigauds de faire grand étalage de ses sentiments. Rien d’autre sur son visage ne transparaissait que la satisfaction faussement modeste –mais bigrement bien imitée- du devoir accompli. Il baissa d’ailleurs brièvement les paupières pour dissimuler le feu de plaisir jubilatoire et presque immoral que cette victoire allumait dans ses prunelles de rubis, ne les relevant que lorsqu’il fut certain qu’il y était moins incandescent.
"Llolth sait que l’on ne peut vaincre à tout coup!" eut-il l’ineffable culot d’ajouter pour enfoncer le clou.
Comme si elle avait quelque chose à voir avec une pauvre partie de sava !
Enfin si l’autre pouvait penser que cette divinité de pacotille lui avait refusé la victoire à présent pour avoir tantôt ridiculisé l’une de ses prêtresses, eh bien tant mieux.
Encore que, la prêtresse en question y avait mis du sien pour ajouter du ridicule à sa défaite en versant quelques larmes de dépit qui avaient transformé son visage en masque burlesque aux dégoulinades de fard.
"Echec et mat mon cher, votre matronne est morte la pauvresse !"Renversant d’une chiquenaude sur le plateau de sava la statuette de ladite matronne vaincue, Kurenn se leva, salua son adversaire vaincu et se dirigea vers sa muse bienfaitrice pour se planter devant lui, soudain inspiré.
"Ma reconnaissance vous est toute acquise bel inconnu et laissez moi vous offrir un verre en guise d’acompte."Le tout prononcé discrètement assez pour que personne n'entendit qu'il avait pu se voir offrir une aide si précieuse.
Et s’approchant plus près pour que nul autre que le bel elfe noir n’entendit la suite.
"Je suis prêt à vous témoigner ma reconnaissance d’une manière moins conventionnelle à la dernière goutte bue. A moins que vous ne souhaitiez passer sur le verre de manière à passer plus vite à l’étude de nos atouts respectifs."C’était on ne pouvait plus direct mais à quoi bon jouer de la langue de bois lorsqu’il y avait la moindre chance d’en jouer d’une chaude et vivante dans la bouche d’un beau mâle comme celui-là ?